Bonjour à tous,
Je rebondis sur le point(1) soulevé par Paul Clavier sur l’économie normative qui s’impose comme force probante de gestion des sociétés, reléguant santé et bien-être des populations à un rang secondaire. Ce point me semble manifeste mais il m’apparait aussi comme relégué, collectivement, au rang d’utopisme inaccessible au profit des petites guerres (ponctuelles celles-là !) de chapelles politiques.
C’est un comportement qui est à rapprocher de celui d’une population spécifique : celle des paysans des décennies 60-80. A l’aube de leur transformation radicale, l’attitude typique était de se combattre/jalouser/cultiver secret (de polichinelle) et isolement entre voisins/collègues, ce qui a permis à un syndicat soi-disant professionnel de gérer la dispersion au profit de groupes d’intérêt sans rapport direct avec la paysannerie, et d’amener le chaos que l’on sait à ce niveau, au bénéfice d’un passage vers une production de stade industriel dans le but d’alimenter le plus grand nombre de consommateurs-clients, pour le plus grand bénéfice du… système financier tel qu’il s’est constitué, et grâce à la complicité de ses constituants élémentaires : les citoyens-consommateurs.
Car mesurer le covid en termes de croissance perdue-manque à gagner est techniquement pertinent en termes d’économie-finance, est donc pertinent tout cours en termes rationnels, sauf qu’il ne s’agit effectivement là que d’un aspect se considérant de facto comme une fin en soi. Et sauf que cette fin en soi n’a plus aucune assise objective, sinon elle-même, puisque le fondement du système est aujourd’hui détaché de toutes ressources de valeurs autonomes, càd à demande propre, et donc indépendamment du type de système économique et financier cadre.
A qui la faute, sinon à des êtres humains qui ont laissé
faire un système, pour ne considérer qu’avec myopie leur propre confort à court
terme, et ce sans rationalité.
Car le nœud du problème est d’isoler rationalité, analyse,
puis modélisations de l’état du monde à l’aide des outils fournis par l’état de
l’art, et sur lesquels chacun pourrait prêter foi(3), des objectifs
que l’on se serait fixés et reposant, eux, sur des choix de valeurs décidés,
ceux-là, au niveau des décisions politiques à travers les processus de choix
offerts par les consultations populaires en usage (Point distinct, et
naturellement fondamental, mais qui ne pourra être abordé dans les faits que
lorsque la rationalité aura réellement pris un poids suffisant pour débattre
sereinement des faits, alors explicités, et des analyses sur l’état et le fonctionnement de nos
sociétés).
On pourra alors débattre sur ce que l’on veut finalement :
augmenter jusqu’à peut plus le nombre de consommateurs-citoyens, maximiser un bien-être
individuel, fixer un statu quo sur la manière de vivre, prolonger la
complexification initiée par la Nature, … ainsi que sur les protocoles par lesquels ces choix pourraient être décidés.
Ce « point » a donc pour le moins un poids prépondérant, à la fois sur nos vies, sur l'avenir du monde, et dans la manière dont on démissionne, à titre collectif, de nos responsabilités sur le fonctionnement du monde, de par l’abandon d’une rationalité qui nous prive, par ricochet, des choix de valeur auxquels on pourrait prétendre. On se sait de comportement irrationnel ; le problème, dans cette affaire, est que la proportion ayant réellement conscience de la nécessité impérieuse d’un recours à une rationalité objective – ignorant tout favoritisme de chapelle – mais autorisant, en retour, de véritables choix de valeur, est loin de montrer que le bon sens est la chose la mieux partagée du monde.
La question de comment mesurer le coût de la crise
covid devrait donc être le point de départ d’une remise à plat de toutes les
questions d’objectifs finaux que devrait viser tout modèle économique et
financier du monde : car l’économie comme la finance ne sont que des
outils supposés au service d’options de valeur les chapeautant, mais que l’on
recherche vainement pour cause de démission sociétale…
Partant d’une question de poids nul, on se retrouve donc avec un état d’âme
à définir sans détour pour guérir la machine infernale qu’est devenue notre
société, et dont le seul guide semble être, pour le moment, et factuellement, l’ouvrage
d’Edward Bernays(2), avec l’assentiment par défaut de la population qu'il réifie sans vergogne.
(1)
Le contraste entre cette entrée en matière
« de mesure nulle » (le point) et le sujet qui suit, et détermine le
fonctionnement global de notre société humaine, est saisissant !
(2)
Propaganda. Comment manipuler l’opinion en
démocratie ; Zones / Editions La Découverte, Paris, 2007 (traduction
de : Propaganda, éditions H.Liveright, New York, 1928).
(3) Ou, mieux : proposer de
meilleurs outils pour une convergence vers le mieux modélisant.