Ouverture du forum "Covid-Time"

Ouverture du forum "Covid-Time"

by Philippe Nabonnand -
Number of replies: 4

https://arche.univ-lorraine.fr/mod/forum/post.php?edit=162277Ce forum est dédié aux discussions, aux lectures et à la réflexion sur la période de pandémie que nous traversons.

Il ne s'agit pas de faire état de ses ressentis et impressions, encore moins de diffuser des "fake news", de sombrer dans le catastrophisme ou le négationnisme ; à ce sujet, nous vous demanderons de respecter la règle élémentaire de sourcer toutes les informations et arguments que vous pourriez poster dans le cadre de nos discussions.

Nous vous proposons une vraie activité collective de lectures, d'échanges et de réflexion sur les questions que pose ce moment quand même très surprenant. De l'épistémologie, de la philosophie, de la sociologie et de l'histoire des sciences, de l'éthique en action pour aider à penser une situation imprévue et inédite.

Dans un master comme Madelhis cela nous est apparu indispensable.

Bien cordialement

Pour l'équipe pédagogique, Philippe Nabonnand


Pour commencer quelques liens :

1) Un texte historique sur une période d'épidémie.

2) Un site recensant une foultitude d'articles autour des approches anthropologiques de la Covid-époque (proposé par Anna Zielinska).

3) La liste de diffusion américaine "MEDMED" (Medieval Medicine, dir. Monica Green, Prof. d'histoire médiévale, Texas) échange des messages depuis 6 semaines sans discontinuer sur les aspects historiques, les comparaisons avec les épidémies, les répercussions racistes dès les premiers temps de la pandémie, etc. (proposée par Isabelle Draelants).

Pour s'inscrire à cette liste, voir plus bas.

4) L'accès à une conférence donnée au Collège de France (aujourd'hui, 16/03 à 13h).

5)

.

Enfin, Paul Clavier a proposé de commencer à réfléchir sur le point suivant :

" Il y a entre autres un sujet d'économie normative qui me taraude. On commence  aujourd'hui à chiffrer le "coût" du covid-19, en évaluant par exemple le "manque à gagner" de l'aviation civile, celui des secteurs de l'économie les plus touchés, voire sinistrés par les mesures de confinement : tourisme, restauration,spectacles, sports, etc. On évalue aussi ce coût en points de croissance.
Il me semble que cette vision comptable est totalement biaisée. Elle présuppose qu'une crise sanitaire représente une entrave au "bon" déroulement de l'économie, lequel est défini par des prévisions de croissance permettant d'espérer un rendement suffisamment attractif pour l'épargne mobilière. Cela revient donc à dire que la préservation de la santé des êtres humains n'est que le moyen de garantir la pérennité du marché des taux. C'est reconnaître implicitement que l'humain est au service de l'économie, et non l'inverse. L'alternative est de définir l'économie, non par le fonctionnement optimal des marchés, mais par la satisfaction des besoins légitimes de tous les êtres humains, dans le respect du renouvellement des  ressources humaines et environnementales.
Bon ça fait un peu "état d'âme", mais ça reste une question d'épistémologie sociale et économique : "comment doit se mesurer le coût d'une crise sanitaire ?"




S'inscrire à la liste MedMed  -- About accessing the MEDMED-L Archives:

·  Anybody who’s on the list has access

·  The link to the Webpage where you can access the Archives is at the bottom of every message that goes out on MEDMED-L. You can bookmark it to find it readily on your computer, but, like Dorothy’s red slippers at the end of the Wizard of Oz, the “magic” has always been right there, waiting for you.

·  When you go to the link, it will ask you for your password. If you never set up a password, or don’t remember what you used, use the “forgot password” function to do a reset. 

·  One absolute rule: to access the Archives (or to send a message to the list) you need to be writing from the e-mail address you used when you set up the account. The most common problem people encounter is that, unbeknownst to them, their university has changed their outgoing e-mail “signature.” You don’t notice because all the incoming messages go to the same inbox. But it’s the outgoing address that matters. One way to check is to send a message to yourself and see how your address displays. This should be the same as the address that displays when you get incoming notices from MEDMED-L.

·  Finally, a warning about the results you’ll get when you do a search. The system is set to time-out any search you do at a certain point, just so the computer here at ASU isn’t searching repeatedly for hours (as computers are wont to do). You’ll get what appears to be an error message saying you’re search was timed out, leaving you with the impression that it was “aborted” prematurely. But that is not the case. I have found that every substantive search I’ve done always went all the way back to the beginning of the list’s records (2008) and brought up what seemed to be a full set of “hits.” So fire away with your queries about the list! The Archives have become a true treasure trove, and I hope you will make ready use of them, both for your own needs and for your students.


A reminder: this web link, http://lists.asu.edu/cgi-bin/wa?A0=MEDMED-L, is displayed at the bo􀆩om of every outgoing message on MEDMED-L. This is the link you use not simply to access the
Archives, but also to update your mail delivery se􀆫ngs and, if/when the 􀆟me comes, to sign off permanently and leave the list.


As in all MEDMED-L issues, feel free to write me (monica.green@asu.edu) if you have problems. 




(Modifié par Martina Schiavon. Écrit initialement le lundi 16 mars 2020, 12:15)

In reply to Philippe Nabonnand

Re: Ouverture du forum "Covid-Time"

by Baptiste Mélès -
Bonjour à tous,

Merci à Philippe pour cette initiative !

Le début de l'article de Jacques Revel cité par Philippe (https://www.persee.fr/docAsPDF/rhmc_0048-8003_1970_num_17_4_2125.pdf) reprend de façon quasi littérale l'esprit et une partie de la lettre de l'incipit de l'Histoire de la folie de Foucault. Voyez plutôt !

- Foucault 1961 : « À la fin du Moyen Âge, la lèpre disparaît du monde occidental. Dans les marges de la communauté, aux portes des villes, s’ouvrent comme de grandes plages que le mal a cessé de hanter, mais qu’il a laissées stériles et pour long temps inhabitables. Depuis le Haut Moyen Age, jusqu’à la fin des Croisades, les léproseries avaient multiplié sur toute la surface de l’Europe leurs cités maudites. Depuis un siècle déjà, le pouvoir royal avait entrepris le contrôle et la réorganisation de cette immense fortune que représentaient les biens fonciers des léproseries.

Le relais de la lèpre fut pris d’abord par les maladies vénériennes. D’un coup, à la fin du XVe siècle elles succèdent à la lèpre comme par droit d’héritage. On les reçoit dans plusieurs hôpitaux de lépreux… Une nouvelle lèpre est née, qui prend la place de la première…et pourtant, ce ne sont pas les maladies vénériennes qui assureront dans le monde classique le rôle que tenait la lèpre à l’intérieur de la culture médiévale. Malgré ces premières mesures d’exclusion, elles prennent place bientôt parmi les autres maladies. Bon gré, mal gré, on reçoit les vénériens dans les hôpitaux…le mal vénérien s’installe, au cours du XVIe siècle, dans l’ordre des maladies qui demandent traitement.

En fait le véritable héritage de la lèpre, ce n’est pas là qu’il faut le chercher, mais dans un phénomène fort complexe, et que la médecine mettra bien longtemps à s’approprier. Ce phénomène, c’est la folie. Mais il faudra un long moment de latence, près de deux siècles, pour que cette nouvelle hantise, qui succède à la lèpre dans les peurs séculaires, suscite comme elle des réactions de partage, d’exclusion, de purification qui lui sont pourtant apparentées d’une manière évidente. »

- Revel 1970 : « Les retours de la peste scandent d'un rythme presque monotone la fin du Moyen Age et les deux premiers siècles de l'âge moderne. Longtemps après que la lèpre a disparu du monde occidental, la peste occupe encore l'espace que la peur de la maladie collective a dessiné dans la société des hommes. La lèpre avait constitué, aux frontières du monde normal, des groupes d'exclus : c'étaient encore les simulacres d'une société. La peste ne retranche, ni n'organise rien aux portes des cités. Elle est un principe de désorganisation sociale parce que, mal libérée, encore au XVIIe siècle, de ses connotations et comme régie par une physique du mal, l'épidémie atteint le corps social dans son essence même. »

Amitiés,

Baptiste.
In reply to Baptiste Mélès

Re: Ouverture du forum "Covid-Time"

by Deleted user -
Bonjour à toutes te tous,
Merci pour ce forum déjà riche en ressources intéressantes.
La conférence du Collège de France est très éclairante.
Je partage avec vous ce billet d'une enseignante à l'EHESS en histoire de la médicalisation de l'Europe, billet que j'ai trouvé intéressant sur la question de la continuité pédagogique entre autres: https://academia.hypotheses.org/21189
Prenez soin de vous et des autres.
Wafa
In reply to Philippe Nabonnand

Re: Ouverture du forum "Covid-Time"

by Martina Schiavon -
Bonjour,

Je vous signale l'entretien de ce matin, 3 avril 2020, sur France Inter, à Bruno Latour: https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-03-avril-2020
Son article est accessible ici (AOC est payant) : "Imaginer les gestes barrières contre le retour à la production avant-crise": https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/300320/b-latour-imaginer-les-gestes-barrieres-contre-le-retour-la-production-avant-crise

En espérant que ce message vous trouve toutes et tous en bonne santé.
Martina Schiavon
In reply to Philippe Nabonnand

Economie normative et... état d'âme

by Deleted user -

Bonjour à tous,

Je rebondis sur le point(1) soulevé par Paul Clavier sur l’économie normative qui s’impose comme force probante de gestion des sociétés, reléguant santé et bien-être des populations à un rang secondaire. Ce point me semble manifeste mais il m’apparait aussi comme relégué, collectivement, au rang d’utopisme inaccessible au profit des petites guerres (ponctuelles celles-là !) de chapelles politiques.

C’est un comportement qui est à rapprocher de celui d’une population spécifique : celle des paysans des décennies 60-80. A l’aube de leur transformation radicale, l’attitude typique était de se combattre/jalouser/cultiver secret (de polichinelle) et isolement entre voisins/collègues, ce qui a permis à un syndicat soi-disant professionnel de gérer la dispersion au profit de groupes d’intérêt sans rapport direct avec la paysannerie, et d’amener le chaos que l’on sait à ce niveau, au bénéfice d’un passage vers une production de stade industriel dans le but d’alimenter le plus grand nombre de consommateurs-clients, pour le plus grand bénéfice du… système financier tel qu’il s’est constitué, et grâce à la complicité de ses constituants élémentaires : les citoyens-consommateurs.

Car mesurer le covid en termes de croissance perdue-manque à gagner est techniquement pertinent en termes d’économie-finance, est donc pertinent tout cours en termes rationnels, sauf qu’il ne s’agit effectivement là que d’un aspect se considérant de facto comme une fin en soi. Et sauf que cette fin en soi n’a plus aucune assise objective, sinon elle-même, puisque le fondement du système est aujourd’hui détaché de toutes ressources de valeurs autonomes, càd à demande propre, et donc indépendamment du type de système économique et financier cadre.

A qui la faute, sinon à des êtres humains qui ont laissé faire un système, pour ne considérer qu’avec myopie leur propre confort à court terme, et ce sans rationalité.
Car le nœud du problème est d’isoler rationalité, analyse, puis modélisations de l’état du monde à l’aide des outils fournis par l’état de l’art, et sur lesquels chacun pourrait prêter foi(3), des objectifs que l’on se serait fixés et reposant, eux, sur des choix de valeurs décidés, ceux-là, au niveau des décisions politiques à travers les processus de choix offerts par les consultations populaires en usage (Point distinct, et naturellement fondamental, mais qui ne pourra être abordé dans les faits que lorsque la rationalité aura réellement pris un poids suffisant pour débattre sereinement des faits, alors explicités, et des analyses sur l’état et le fonctionnement de nos sociétés).

On pourra alors débattre sur ce que l’on veut finalement : augmenter jusqu’à peut plus le nombre de consommateurs-citoyens, maximiser un bien-être individuel, fixer un statu quo sur la manière de vivre, prolonger la complexification initiée par la Nature, … ainsi que sur les protocoles par lesquels ces choix pourraient être décidés.

Ce « point » a donc pour le moins un poids prépondérant, à la fois sur nos vies, sur l'avenir du monde, et dans la manière dont on démissionne, à titre collectif, de nos responsabilités sur le fonctionnement du monde, de par l’abandon d’une rationalité qui nous prive, par ricochet, des choix de valeur auxquels on pourrait prétendre. On se sait de comportement irrationnel ; le problème, dans cette affaire, est que la proportion ayant réellement conscience de la nécessité impérieuse d’un recours à une rationalité objective – ignorant tout favoritisme de chapelle – mais autorisant, en retour, de véritables choix de valeur, est loin de montrer que le bon sens est la chose la mieux partagée du monde.

La question de comment mesurer le coût de la crise covid devrait donc être le point de départ d’une remise à plat de toutes les questions d’objectifs finaux que devrait viser tout modèle économique et financier du monde : car l’économie comme la finance ne sont que des outils supposés au service d’options de valeur les chapeautant, mais que l’on recherche vainement pour cause de démission sociétale…
Partant d’une question de poids nul, on se retrouve donc avec un état d’âme à définir sans détour pour guérir la machine infernale qu’est devenue notre société, et dont le seul guide semble être, pour le moment, et factuellement, l’ouvrage d’Edward Bernays(2), avec l’assentiment par défaut de la population qu'il réifie sans vergogne.


(1)   
Le contraste entre cette entrée en matière « de mesure nulle » (le point) et le sujet qui suit, et détermine le fonctionnement global de notre société humaine, est saisissant !
(2)   
Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie ; Zones / Editions La Découverte, Paris, 2007 (traduction de : Propaganda, éditions H.Liveright, New York, 1928).
(3)    Ou, mieux : proposer de meilleurs outils pour une convergence vers le mieux modélisant.